Né le 5 juillet 1885 à Bordeaux (Gironde). Mort le 24 janvier 1962 à Paris.

xxéme' siècle Français.

Peintre de sujets de sport, nus, portraits, paysages, marines, natures mortes, peintre à la gouache, graveur, illustrateur.

 

Biographie :

 

À Bordeaux, André LHOTE avait passé dix années en apprentissage chez un sculpteur-décorateur et suivait les cours de sculpture décorative à l'école des beaux-arts. Il faut admirer que cet érudit soit un autodidacte. Sculptant le bois, c'est en lisant les Salons de Diderot, le Journal de Delacroix ou les Curiosités esthétiques de Baudelaire, qu'il vint à la peinture. Il apprit à connaître les impressionnistes, admira Gauguin, et copia Rubens et Delacroix. Il vint se fixer en 1907 à Paris.

Dès 1918, il professa dans différentes académies, jusqu'à la fondation, en 1922, de sa propre académie, rue d'Odessa. Cet enseignement, il l'a ordonné en de nombreux ouvrages et articles, abondamment illustrés de reproductions, pour compenser par des exemples l'irremplaçable mise en pratique de la théorie, telle qu'il la guide au cours du travail matériel de l'atelier, tenant de 1913 à 1940, la rubrique artistique de la Nouvelle Revue française.

Voulant malicieusement montrer que ce n'est pas parce qu'il écrit sur l'art que son œuvre doit être obligatoirement négligé, il a réuni, sous le titre De la palette à l'écriture, des textes souvent surprenants, de nombreux grands maîtres, parmi lesquels, on s'en doute de Léonard de Vinci. Mais l'essentiel de son enseignement réside dans ses deux Traité du paysage et Traire de la figure. C'est un maître incomparable qui a su dégager tous les éléments transmissibles des œuvres du passé et de nos jours. Ce qui n'est plus enseigné dans une vaine école des beaux-arts, la composition, la tradition, bref l'intelligence du métier d'artiste, c'est auprès de lui que les jeunes générations ont été le quérir et si ce maître à forte personnalité fut parfois dangereux auprès de certains élèves qui en manquaient, c'est auprès de ceux pour qui tout autre maître eût été aussi dangereux.

Il participa à Paris, aux Salons des Indépendants dès 1906, d'Automne en 1907, à l'exposition de la Section d'or en 1913, et, en 1910, la galerie Druet lui organise sa première exposition particulière. Il participe aux premières expositions cubistes. Une importante exposition de l'ensemble de son œuvre eut lieu, en 1943, dans sa ville natale de Bordeaux. Une rétrospective de son œuvre a été montrée au musée national d'Art moderne à Paris, en 1958.

Peut-être acquit-il lors de sa formation le sens du monumental, qui plus tard caractérisera sa manière el lui permettra l'exé­cution aisée de grandes compositions, lelle fiscale de 1913. Dès 1907, il comprend pleinement la leçon de Cézanne. Charles Morice, Apollinaire, André Gide et Maurice Denis remarquent aussitôt ses dons. André Lhote se comprend tout naturellement dans celte fraction du mouvement cubiste que l'on qualifie de « française » a et que représentait assez complètement le groupe la Section d'or. Pour ces artistes, il s'agissait de concilier le fac­teur émotif offert par la réalité extérieure, avec l'intérêt spirituel, dégagé de la traduction en langage plastique de cette réalité extérieure. Dans cette branche française du cubisme, il faut rap­procher, outre André Lhote, La Fresnaye. Delaunay, Jacques Villon, sans omettre leur descendance, issue en grande part de l'enseignement d'André Lhote : Pignon, Singier, Manessier, el bien d'autres. tout au moins dans leur première manière. L'art d'André Lhote fui souvent taxé de timidité alors que c'est de mesure qu'il s'agit. Le peintre s'est justement efforcé de demeu­rer à égale distance de la sensation pure et de la spéculation esthétique. Curieusement, comme les autres cubistes que nous avons dits « français », c'est dans l'art de manier les « passages » qu'il a excellé. Rappelons en bref qu'un « passage» est la trans­cription plastique de ce phénomène optique par lequel se trouvent supprimés certains contours, par exemple lorsque la partie ombrée d'un volume se confond avec l'ombre du fond, passe dans le fond. Ce n'est point là un quelconque exercice de rhétorique picturale, mais bien un des plus sûrs moyens vers l'unification du tableau, puisque ces «passages», maniés avec dextérité, en intègrent réciproquement les différents éléments. Cette excellence à manier les passages, chez les cubistes fran­çais, doit être interprétée comme une volonté de classicisme, en tant que par classicisme on entend une recherche de l'unité de l'œuvre par opposition aux styles gothique ou baroque. Et, c'est bien comme un peintre classique, typiquement français, qu'apparaît André Lhote, à travers ses œuvres maîtresses : Dimanche de 1910, Escale de 1913. Jugement de Paris de la même année. Hommage à Watteau de 1918, Le Marin à l'accordéon de 1930. La Plage de 1922, Rugby de 1924, Les Amies de 1925, Léda de 1930. Il eut encore une activité importante d'illustrateur, avec, entre autres, Le Dit du vieux marin de Coleridge, Escales de Jean Coc­teau. Les Animaux el leurs hommes, ies hommes el leurs animaux de Paul Éluard, etc. Pour l'Exposition internationale de 1937 à Paris, il exécuta une décoration Les Dérivés du Charbon. Il réalisa également d'autres décorations murales : Le Gin pour le Palais de la Découverte à Paris, et. pour la faculté de médecine de Bor­deaux, La Gloire de Bordeaux. En vérité. André Lhole est un tra­vailleur infatigable et outre d'innombrables activités, il a produit énormément. Aussi, alors que certaines de ses toiles resteront irremplaçables, dans le panorama de l'école de Paris de 1900 à 1950, d'autres seront moins prisées, mais jamais comme chez tant d'artistes, parce qu'il aura sacrifié à la facilité, plutôt au contraire par excès de science.

Peu d'artistes du xx' siècle sont aussi connus qu'André Lhote et pourtant son œuvre peint est l'objet, de la part du public spécia­lisé, d'une réserve injustifiée. Nous ne savons plus l'origine de cet adage, qui touche la superstition qu'il est impossible en art d'être à la fois juge et partie, critique et créateur. Ne pouvant nier la qualité de ses nombreux écrits théoriques ni l'influence universelle qu'il exerça, de son académie, de ses milliers de dis­ciples, venus de tous les continents, c'est son oeuvre même que l'on a voulu abaisser à des titres divers. II était trop commode de taxer cet œuvre de sécheresse el de pédantisme, d'autant plus que le reproche est parfois exact, mais quel artiste n'a jamais produit que des œuvres égales à elles-mêmes ? Le jugement de l'après-guerre fut plus sévère envers son œuvre propre et envers son enseignement : la découverte tardive en France des Kandinsky, Klee. Mondrian, accusa le systématisme de sa leçon. Mais peut-il raisonnablement être tenu pour responsable de l'aveuglement de toute une société, tandis qu'il restait fidèle à une certaine idée qu'il s'est faite du cubisme.

 

(source : Benezit)

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