L'Artiste

Roger Bissière

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Né le 22 décembre 1886 à Villeréal (Lot et Garonne). Mort le 2 décembre 1964 à Boissierettes (Lot).

XXème siècle. Français.

Peintre de nus, portraits, paysages animés, pastelliste, peintre de cartons de vitraux, de tapisseries. Cubiste et abstrait.

 

Biographie :

 

De 1898 à 1905, il fut élève au Collège de Cahors. Dès l'âge de dix-sept ans, il commença à peindre en autodidacte. De 1905 à 1910, il fut élève de l'École des Beaux-Arts de Bordeaux et en 1910 il vint à Paris pour être encore élève de H. Gabriel Ferrier. Ensuite, des sources le situe en Afrique du Nord de 1911 à 1918, d’autres le mentionnent à cette période comme effectuant des voyages à Alger, Rome et Londres. On le retrouve au lendemain de la guerre, vivant d'une petite activité de journaliste. À partir de 1919, il se lia d'amitié avec d'autres artistes, tels André Favory, André Lhote et Georges Braque. Ces nouveaux liens furent favorisés par 1e fait qu'il publia, dans L'Esprit Nouveau, en 1920 : Notes sur l’art de Seurat, et en 1921 : Notes sur Ingres et Notes sur Corot. De 1925 à 1938, bien qu'étant «convaincu que rien ne s'enseigne», il fut professeur à l'Académie Ranson, d'où sortirent non oublieux du souvenir de cet homme simple, amical et pourtant surprenant Bertholle, Manessier, Le Moal Pellan, Vieira da Silva. De cette période, ce fut sa participation à l'exposition des Maîtres de l'art indépendant 1895-1937qui fut l'événement culminant. En 1938, il revint dans son pays natal chercher la convalescence d'une congestion pulmonaire, lui permettant à la fois un retour à la nature qui éveilla son intérêt au paysage en tant que sujet pictural. En 1939, il s'installa à Boissiérette, dans l'ancienne maison familiale. Le déclenchement d’une nouvelle guerre l'écrasa de tristesse, d’autant plus qu’il était atteint d'un glaucome, menacé de cécité, il cessa donc complètement de peindre, « Je n'avais rien à dire, les événements m'avaient vidé». Cette période de vacuité dura de 1939 à 1944. Ainsi se terminait dans le drame la première partie de sa vie et de son œuvre, qui aurait pu ne pas avoir de suite. Ce fut heureusement l'inverse qui se produisit.

En 1945, il commença à réaliser, selon le processus des « collages », la série de très curieuses tapisseries à partir de l'assemblage de bouts de chiffons de toutes sortes qui étaient cousus et brodés par sa femme, et où, presque sans lien avec son œuvre antérieure, on assiste à l'éclosion de ce qui va être le langage plastique de sa maturité et constituer internationalement son œuvre : de 1946 Le Soleil - Le Petit Cheval. Bissière s'était donc remis au travail, sa quasi-cécité ne le gênant pas pour créer, il y trouvait même l'occasion de spectacles nouveaux et un moyen vers plus d'intériorité : «  Il n'y avait rien sous mes paupières qu'une masse irisée, où la couleur et la lumière se pénétraient et s'engendraient et toute une poésie ignorée surgissait, quelque chose qui me paraissait jeune et neuf». Il se fit pourtant opérer en 1948, afin de travailler plus rapidement. Les peintures naissaient de nouveau, nom­breuses, heureuses.

Il participa à de nombreuses expositions collectives, d'entre lesquelles : le Salon des Artistes Français de 1910 (ou 1911) où il débuta modestement avec un Portrait de R-G Guasco. Il exposa des nus, des paysages et des portraits au Salon d'Automne en 1919, 1921, 1922, 1923, au Salon des Tuileries en 1924, 1927, 1928 et au Salon des Artistes Indépendants où il figurera régulièrement à partir de 1927. En 1921, il fut sélectionné pour l'exposition d'art français, organisée a Amsterdam par la galerie parisienne L'Effort moderne, ainsi que pour la rétrospective à Prague de L'Art français des XIX et XXème siècles. En 1922, il fut sélectionné pour l'exposition Les Cent Peintres, organisée par la Société des Amateurs d'Art. Il fut alors important pour lui de figurer, à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1937 à Paris, à l'exposition au Petit-Palais des Maîtres de l'art indépendant 1895-1937, où il put exposer : Forêt avec chien de 1919, Tête de jeune fille de 1920, et Nature morte au verre - Femme à la rose - Déjeuner sur l'herbe. Dès sa fondation en 1945 par la jeune génération qui avait avec Jean Bazaine, maintenu sous l'occupation allemande le droit à la liberté d'expression artistique, le Salon de Mai dédia des Hommages à Bissière, au sculpteur Henri Laurens et au graveur Hecht. Bissière y était représenté par trois peintures, dont une Femme au journal et deux compositions sans titres, peut-être liées au début de sa période non-figurative. En 1954-1955, il fut invité aux Biennales de Venise et de Sâo Paulo et en 1959 et 1964 à la Documenta de Kassel.

Son œuvre fit l'objet d'expositions personnelles : en 1920, la première à la Galerie Berthe Weil où peu après Paul Rosenberg le prit sous contrat ; il le quitta en 1923 pour la Galerie Druet, où il resta jusqu'en 1928. En 1946, la Galerie Drouin montra un important ensemble de peintures et de tapisseries cousues. En 1952, désormais célébre, lui avait été décerné le Grand Prix National des Arts.

Des expositions rétrospectives de l'ensemble de son œuvre eurent lieu, en 1957 en Allemagne, en 1959 et 1966 au Musée National d'Art Moderne de Paris, puis à Hanovre, Eindhoven, Amsterdam, Lucerne, en 1961 un Hommage à Bissière à New York en 1962 et 34 chefs-d’œuvre furent montrés à la Galerie Jeanne Bûcher. En cette ultime année 1964, lui fut décernée une mention spéciale à la Biennale de Venise, où il occupait toute la salle d'honneur du Pavillon Français. En 1997, le Musée de l'Abbaye Sainte-Croix des Sables-d'Olonne a organisé l'exposition Bissière 1947.

Parallèlement à son oeuvre peint, Bissière réalisa des gravures, des illustrations et des cartons de vitraux. En 1954, alors qu’il était auparavant presque aveugle et qu’il s’émerveillait de nouveau de tout, il illustra de bois gravés le Cantique à notre frère Soleil de Francois d’Assise. En 1960, il conçut des vitraux commandés pour la cathédrale de Metz. En 1962, après la mort de sa femme, il confia ses souvenirs, ses pensées, ses peines à un ensemble de peintures, langage naturel qui convenait à sa pudeur ; ces toiles furent reproduites dans un livre, sous le titre Journal en images 1962-1964.

De part et d'autre de l'époque des tapisseries cousues, l'œuvre de Bissière se divise en deux parties distinctes. Lui-même donnait 1919 comme l'année de ses véritables débuts, sans doute à cause de sa rencontre avec Favory et surtout avec André Lhote, puis Braque, qui lui firent découvrir le cubisme et qui allaient marquer toute la première partie de son œuvre. Chez Bissière, en 1920-1921 lorsqu'il donna ses articles à leur revue L'Esprit Nouveau, une certaine rigueur dans la compréhension du cubisme tempéré, le conduisit aux parages du Purisme de Jeanneret et Ozenfant ; et même, en 1927, il produisit dans l'incompréhension générale, une série de paysages, dans lesquels, s'il rejettait les « tics » pseudo-cubistes, il expérimentait une technique de transcription par touches juxtaposées ou superposées par transparence qui recherchait beaucoup plus l'harmonisation des rythmes et des couleurs en soi, que la représentation de la réalité extérieure, présageant par là, d'instinct, l'épanouissement de sa maturité dans l'abstraction retrouvée et assumée.

De la traversée de cette période sombre où guerre et menace de cécité l'avaient abattu, il évoqua : « J'ai oublié bien des choses inutiles, j'en ai appris d'essentielles, peut-être ai-je appris à regarder en moi-même.» Il recommença à peindre après un long temps de réflexion. Dans les nouvelles peintures qui apparurent, les derniers éléments d'une ressemblance avec une réalité extérieure, qui avait été sinistre, se désintégraient, laissant le champ libre au seul jeu des lignes avec elles-mêmes, retenant dans leurs perpendiculaires entrelacées, posées doucement, accolées ou superposées, les touches des couleurs changeantes de l'humeur des jours. Aboutissements du langage adéquat à sa poésie intérieure, des traits, des taches de couleurs, apparemment rien d'autre, mais qui sont en réalité la peinture en soi. Puis, après l'opération du glaucome devenue nécessaire, et ayant recommencé à peindre et ayant renoncé à ses derniers vestiges de figuration, il donna un titre provocateur à l'ensemble des peintures qu'il exposa en 1951 à la Galerie Jeanne Bûcher : Images sans titres. Par la suite, il redonna parfois à ses peintures des titres, qui ne furent non plus des désignations de réalités concrètes, mais des suggestions d'états psychologiques, comme en 1966 : L'Agonie des feuilles - Noblesse des ruines - Le Jardin cette nuit.

Si, dans sa première période avant-guerre, il n'avait pas totalement échappé à la scholastique néocubiste, il lui advint par la suite d'aborder les nouvelles possibilités de l'abstraction, sans l'avoir réellement su ni voulu, par les voies les plus naturelles. Ainsi évita-t-il tout risque de cette artificialité qui a souvent marqué l'accession contrainte à l'abstraction de certains peintres de l'École de Paris, quand celle-ci n'était pas profondément consentie et ne répondait qu'à l'appel d'un nouvel académisme. Son cheminement écarta Bissière de toutes les spéculations et le mena, à son insu, à la plus grande liberté, celle de l'évidence qui ne se discute pas. Il aimait à citer cette phrase du douanier Rousseau : «Ce n'est pas moi qui peins, c'est quelque chose au bout de ma main».

 

 

(Source : Bénézit)

Œuvres visibles à la Galerie

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