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BIOGRAPHIES Emmanuel de la Villéon biography

Emmanuel de la Villéon biography



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Emmanuel de La Villéon naît à Fougères le 29 mai 1858, et meurt à Paris le 9 janvier 1944.

De 1890 à 1934, excepté l'interruption due à la guerre de 1914-1918, il expose chaque année au "Salon des Indépendants" et à la "Société Nationale des Beaux Arts" (dont, il est élu sociétaire en 1940). Depuis sa création en 1903 et jusqu'en 1933, il fait chaque année des envois au "Salon d'Automne" dont il est sociétaire. En 1909, il fonde, avec plusieurs artistes de tendances diverses - impressionnistes, symbolistes, expressionnistes - la "Société Moderne". Il y expose jusqu'en 1914 et après la guerre en 1920-1922.

 
 

Emmanuel de la Villéon, un peintre impressionniste de paysages et de sous-bois ?

En effet, plus des quatre cinquièmes de ses tableaux dits de « Représentation » traitent du paysage et presque un sur dix de la forêt ou des sous-bois. Mais avec une phrase pareille on n’a rien dit. Rien dit sur le sens profond de ses tableaux, rien dit sur ce compositeur de tableaux et chef d’orchestre de couleurs, rien dit sur ses tableaux fantasques, rien dit sur ses écrits, rien dit, enfin, sur l’homme, qui a dédié sa vie à la recherche d’une juste représentation de la nature

Michel Cointat, Ancien Ministre et Député Maire de Fougères, disait :

«  Emmanuel de la villéon est l'un des derniers grands peintres impressionnistes…. Ce grand seigneur aux admirables yeux clairs, à la fine bouche encadrant un visage aimable, à la longue silhouette élégante, a rythmé sa vie avec son pinceau. Il a trouvé ses heures ensoleillées dans la peinture. Et son immense talent, indiscuté par les critiques, mérite d'être mieux connu du public, amoureux de la beauté.

La Villéon est le peintre de l'harmonie, de la joie tranquille, de la mélancolie au regard calme, de l'équilibre, de la sérénité ou de la fatalité paysanne où même les misères et les souffrances sont effacées par le rythme lent des saisons.

Emmanuel de la Villéon, magicien souriant de la couleur, est un des peintres les plus attachants de l'impressionnisme français. » 

Issu d’une ancienne famille aristocratique bretonne, Emmanuel de la Villéon voua sa vie à la peinture. En 1880, il quitte sa ville natale pour Paris, s’inscrit à l’école Julien, et se laisse initier à la peinture de plein air par ses amis Alfred Roll et Emmanuel Damoye. Passionné par cette manière de peindre, il s’installe là où ses promenades quotidiennes le conduisent : près d’un chemin, sur le bord d’un étang, d’une rivière ou dans un champ.

Sa vie est marquée par les lieux où il a vécu ou séjourné. Sa jeunesse se passe dans le château familial, Frèche-Clos, proche de Pommeret, Côtes d’Armor en Bretagne, et l’école Jésuite de Vannes ; plus tard chez son frère dans le château de Montmuran, à 40 minutes de Fougères, en Ille-et-Vilaine, temps partagé avec Paris et surtout l’Ile Fleurie, Chatou, où il cherche des sous-bois et l’eau de la Seine.

Son mariage en 1892 lui permet de passer de longs séjours dans le châlet de son beau-père, Bel-Air, proche d’Yverdon-les-Bains, aux bords du lac Neufchâtel, dans le canton de Vaud en Suisse. Son beau-père lui aménage là un vaste atelier, lui permettant d’aborder en confort des grands panneaux verticaux que lui inspirent les montagnes et vallées des alentours. Egalement à partir de 1892, il accède au château de son beau-frère, Pesselières, dans le Cher (qui devient plus tard la propriété de son beau-fils et qu’il visite donc jusqu’à 1941) – un endroit romantique à souhait, taillé sur mesure pour un artiste comme lui, avec des sous-bois, de beaux arbres et de l’eau, autour d’un beau château.

Il achète une propriété à Salvar(d) dans la Nièvre en 1900, qu’il conserve jusqu’en 1936 – des paysages bucoliques idéaux pour cet amoureux de la nature, avec de nombreux petits plans d’eau si précieux pour l’impressionniste qu’il est, à la recherche des sensations de la nature et de la lumière.

Deux tiers de son œuvre est réalisée atour de quatre endroits – Montmuran, Pesselières, Yverdon et Salvar. Dans chacun de ces endroits, il poursuit sa quête inlassable de l’absolu, sans omettre de se laisser inspirer, plus tard, par la magie des lieux, pour nous laisser de délicieux Fantaisies et Rêves et Légendes.

Emmanuel de la Villéon aime voyager aussi. A partir des années 1920, il loge régulièrement chez chacune de ses trois filles, à Mayence en Allemagne, à Grenoble, à Yonville (Somme), et en Normandie chez son cousin, entre autres. En 1889, son premier voyage à l’étranger, en Hollande, lui fait découvrir une lumière irradiante, aux atmosphères changeantes. Il visite l’Espagne, pour un long voyage de noces en 1892. Sa palette s’éclaircitet s’illumine. Il en exclut le noir au profit du mélange des couleurs. En 1905, il séjourne dans les Hautes-Pyrénées puis, en 1921, sur la Côte-d’Azur. Il en profite pour transformer les habituels pommiers en palmiers flamboyants. Partout où il va, un paysage prend vie sous ses pinceaux.

 

Des thèmes inspirés de la nature

Ses convictions religieuses ne sont un secret pour personne et quand il disait le matin, en partant peindre sur le motif, « Je m’en vais chanter les louanges du Créateur », la déclaration avait tout son sens.

Les critiques contemporains parlent de justesse, de vérité et de sincérité dans ses œuvres, de la « diaphanéité » de ses sous-bois. Dans ses scènes de neige, on sent la tristesse poignante, la solitude et le silence de la campagne, le crissement de la neige sous ses pieds. Les arbres sont le sujet principal de plus de la moitié de ses paysages, confirmant son affection pour ces géants de la campagne. Ses paysages sont animés – soit par des villages cachés dans le creux des vallées, soit par des promeneurs ou des enfants, soit par des paysans, minuscules dans le tableau, mais oh! combien importants pour lui. La campagne de la Villéon est habitée.

Il adore les fleurs, les peint soit en bouquet, soit in situ, dans de magnifiques plates-bandes ou arbres en fleur. Il aime les séries et étudie les mêmes paysages sous des saisons et lumière différentes – la plus remarquable étant une série de 10 tableaux représentant la Plaine de Vaud – selon une composition identique, ne changent que les activités dans les champs, les couleurs, la lumière et surtout l’atmosphère, De la magie pure! Et dans ses tableaux de Rêves et Légendes, il traite le sujet de Petit Poucet au moins vingt-cinq fois, sous des registres certes différents, mais toujours enchantant.

Il aime les paravents, et nous en avons trouvé vingt, allant du plus petit à 14 x 31cms au plus grand à 170 x 330cms !! Presque 90% de ses œuvres sont des huiles, mais quand il s’attaque aux aquarelles et aux gouaches, les résultats sont stupéfiants.

Dès les années 1910, il utilise des petits panneaux en bois ou en carton, quelques fois des toiles, format carte postale, pour y faire des études sur le vif. La famille les appel ses « fonds de boîte ». Il en a fait au moins 300! Tellement expressifs, certains sont de véritables chefs-d’œuvre à part entière.

 

Des styles et un style

Largement inspiré par l’impressionnisme, Emmanuel de la Villéon s’intéresse aux différents styles de son temps, mais reste néanmoins indépendant. Présentant son travail dans la plupart des expositions parisiennes, il est au courant des nouvelles recherches des autres peintres. Aussi, vers le milieu des années 1890, il va réaliser de magnifiques paysages aux arbres, inspirés par le l’école synthétiste de Pont-Aven et la stylisation de Van Gogh, que nous qualifions de peinture « en arabesque ». Mais, après s’y être livré à cœur joie pendant quelques années et avoir produit des chefs d’œuvre dans ce style, il revient à ce qui le préoccupe le plus – la juste représentation de la nature, sans exagération ni stylisation.

Ses techniques sont très variés, passant du tableau complètement recouvert par la couche picturale à des tableaux où les réserves pratiqués permettent au support de jouer un rôle fondamental dans la lecture et l’atmosphère d’un tableau. Les touches sont tantôt en hachure, tantôt larges, tantôt tout petites pour créer une impression aérienne, notamment dans des sous-bois. La matière est souvent appliquée en couleur pure, parfois mélangée sur le pinceau. En bas de tableaux, représentant le sol et les feuilles qui jonchent les sous-bois, l’approche est audacieuse et presque pointilliste, la partie haute du tableau étant plus classique. Il sait tout faire et choisit la technique, pour chaque tableau, en fonction du sujet traité ou du résultat escompté.

Son principal souci est la lumière. Comment retranscrire son scintillement sur les eaux d’un lac ou de la mer, ses rayons qui percent à travers les troncs d’arbres d’une forêt ou la chaleur qui se dégage d’une plaine chauffée par le soleil estival ? Pour répondre à ce besoin vital il reste à la touche impressionniste. Ces touches de couleurs pures, juxtaposées rapidement les unes à côté des autres, lui permettent de capturer l’atmosphère d’un instant furtif. La Villéon travaille alors beaucoup autour d’une même vue, peinte à des heures, voire à des saisons, différentes (voir notre série sur les plaines vaudoises). Les paysages sous la neige sont pour lui une occasion unique de jouer avec brio sur les nuances de bleu, de rose et de violet, que le soleil fait refléter sur les cristaux de glace.

 

Fantaisie, Rêves et Légendes

Puisant dans les profondeurs de son âme bretonne et de son imagination très puissante, poussé sans doute par l’inspiration venue des amis symbolistes, (Redon, Chabas, Denis) il s’aventure à partir de 1910 dans des tableaux imaginaires - soit des tableaux dits « Fantaisie », (dans le sens de « Fantaisie sur quelque chose » – autrement dit des tableaux dans lesquels il prend des éléments réels et les place où il veut dans un tableau composé) soit des tableaux dits de « Rêves et Légendes » (tableaux purement imaginaires qui sont la plupart du temps inspirés de contes et de la mythologie bretonne). Ces tableaux, représentant in fine environ un huitième de son œuvre, ont reçu une réception extrêmement positive des critiques à leur apparition en 1911 et 12 et de nouveau lors d’un rétrospective Rêves et Légendes en 1944, et ils sont de plus en plus appréciés à leur juste valeur de nos jours. Des paysages étranges aux couleurs sombres, où les arbres sont tourmentés, tordus et recouverts de mousse, où les châteaux-forts sont féériques, où les barques étranges pilotées par les Passeurs traversent des estuaires sombres, où les cavaliers galopent à leur mission imaginée mais inconnue, plongent le spectateur dans une atmosphère mystérieuse et fantomatique.

« La Villéon ne doute de rien. Il exprime la fantaisie des légendes bretonnes, de Château du Bellier d’Or, celui de Barbe-Bleue, …, dont les tours surgissent au-dessus de vallées pareilles à des verdures bleues, avec l’esprit dramatique et théâtral des château de Gustave Doré. Fleur d’Epine délivrant la fille du roi de France retenue captive dans un vieux donjon, voila qui nous change de quarante bouquets de nénuphars ! » (Léandre Vallet pour le Correspondant des Salons en 1912)  

Le Musée de Fougères possède, depuis 2012, un des chefs d’œuvre dans cette veine, « Nuit d’été », peint probablement 100 ans plus tôt, en 1912 !

 

Musique et contes

Dans sa vie, comme son œuvre, tout est harmonie. La famille pratique la musique en groupe – lui la flûte et son épouse le piano et le chant, et ses enfants apprennent le piano chez César Franck. Il dit que Mozart serait en musique l’équivalent de sa peinture. Affable mais espiègle, il adore les enfants ; ses petits-enfants n’ont que de bons souvenirs de lui, sauf quand ils se rappellent les moments où ils le dérangeaient dans son travail !

Il écrit aussi, vers la fin des années vingt, pas moins de 22 contes pour enfants, dont il essaie d’en faire publier trois en 1930/1. Galerie Peirce a analysé ses contes, et a édité une sélection en mai 2014, « Contes pour enfants », avec illustrations, introduction analytique et préface interprétative. L’édition nous apporte de précieuses indications sur la pensée et l’imagination de l’artiste. Il rejoint une étude éditée par la Galerie en 2010, au titre « l’Homme derrière l’artiste », à partir d’un carnet agenda de l’artiste tenu de 1940 à 1943, et rempli de délicieuses aquarelles et commentaires de toute sorte sur la vie, la guerre qui fait rage, et sur les Salons.

 

Des Salons et expositions

Il fonde, avec d’autres artistes, la « Société des Inquiets » en 1892, qui devient « Société des Eclectiques » en 1894, et expose à la “Société Moderne” a partir de 1909, chez Durand-Ruel.

Dès 1890, E. de la Villéon expose dans les différents Salons (Salon des Indépendants, Société Nationale des Beaux-Arts dit la Nationale, Union Libérale des Artistes Français, Salon d’Automne, Salon des Tuileries) et galeries de Paris (Georges Petit, Durand-Ruel, La Boétie, Galerie Drouandentre autres). Il présente également ses œuvres en province (à Vannes, Rennes, Bourges, Angers, Bordeaux, Cosne, Grenoble…), et à l’étranger (en 1918 au Canada et aux Etats-Unis, en 1925 à Copenhague et en 1927 au Japon). La plupart du temps il expose avec un groupe d’artistes (les Inquiets, l’Eclectique, les Bretons de Paris, Aux Tendances Nouvelles, Société Moderne). Néanmoins, il organise, à plusieurs reprises, ses propres expositions particulières (1896, deux en 1922, 1927, 1937, 1941 et 1943).

Des rétrospectives posthumes lui sont consacrées dans les années 1944 à 1971 à Paris, Londres, New York et Caracas, Galerie Jean de Ruaz lui consacre pas moins de 8 expositions entre 1960 et 1973 et, plus récemment, la Galerie Peirce, Paris, lui a consacré 4 expositions entre 2007 et 2013. Le Musée la Villéon, crée en 1983 à Fougères, en Bretagne, a été rénové de fond en comble en 2012, et connait une nouvelle vie depuis lors. Le Musée organise pour 2014 un Colloque d’une journée entière pour revisiter et examiner la vie et l’œuvre de l’artiste – quatre spécialistes se penchent sur différents aspects – sa vie, son œuvre en général, ses tableaux fantasques, ses techniques et matériaux.

Très apprécié par les critiques, Henry Eon (chroniqueur de revues d’avant-garde), disait de lui en 1904 dans un compte-rendu de La Nationale :

« L’œuvre de Monsieur de la Villéon, si admirateur qu’il soit de Monsieur Claude Monet, ne se rattache directement à aucune école. Elle reste personnelle et pour qui a suivi son développement…, son exposition de ce jour est le plus éclatant succès de la volonté opiniâtre surmontant, sans formules, les pires difficultés. »

Reconnu par ses pairs, il devient Associé de la Société Nationale des Beaux-Arts en 1902, et il en est nommé Sociétaire en 1940. Il est nommé Sociétaire de la Société du salon d’Automne, dès son inauguration en 1903, pour promouvoir l’impressionnisme.

En 1943, il a 85 ans. Il organise, à la galerie La Boétie, une grande et dernière exposition illustrant toute sa vie et son œuvre. C’est un succès, salué par les critiques. Il décide alors d’en préparer une autre pour l’année suivante. Mais, brusquement, le 7 janvier 1944, il s’alite avec une pneumonie. Il décèdera deux jours plus tard, avec sa peinture comme dernière pensée, disant encore à sa fille avant de mourir « Et maintenant, emmène Monsieur le Curé voir mon œuvre »

 

La Postérité

« EMMANUEL de la VILLEON tient une place éminente parmi ces artistes marginaux que l'on connaît tardivement, créateurs à part entière qui se tenaient modestement et délibérément à l'écart du tapage … parisiennes. Foncièrement indépendant, ce peintre solitaire demeure attaché à sa terre, à la nature - et ne perd jamais de vue le quotidien. Il reste fidèle, par choix et par tempérament, à toutes les valeurs du classicisme. Sagesse qui n'empêche nullement une vive curiosité à l'égard de certaines conquêtes esthétiques de ses contemporains. […]

Sa facture dense et serrée recèle des audaces qui ne choquent nullement l'œil du profane mais que d'autres ne sauraient imiter sans les ressources d'un métier consommé, qu'il raffine et perfectionne jusqu'en ses dernières années. (Gerard Schurr, Revue ABC Décor d’Avril 1976)

 

Les Expositions Posthumes et Rétrospectives :

  • 1944 et 47 : Galeries Rue Ballu et Boulevard Malesherbes
  • 1960 à 73 : Galerie Jean de Ruaz – 8 expositions
  • 1965 : Gallery O’Hana, Londres
  • 1970 : Galerie Félix Vercel, New York
  • 1971 : Galerie d’Art Moderne, Caracas
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  • 2007 : Galerie Peirce, Paris
  • 2010 : Galerie Peirce, à Paris et à Salvar (Nièvre)
  • 2012 : Galerie Peirce, Paris
  • 2013 : Galerie Peirce

Le Musée Emmanuel de la Villéon, Fougères, Bretagne

  • 1983: inauguration par Michel Cointat, Député Maire de Fougères, en présence d’Yvonne Collard, fille ainée de l’artiste
  • 2012 : Réouverture (après travaux de rénovation) par M le Maire de Fougères, M Feuvrière
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